LE SAPEUR NUMERIQUE

Le corps des sapeurs numériques sera créé pour ouvrir et entretenir dans le maquis du web des saignées subliminales à fonction de pénétration des espaces réensauvagés et d'entretien des coupe-feux nécessaires à la propagation du néo-libéralisme avancé.

15/11/08

Une journée de dissidence

09:40

GOGOL. — Fais pas malin. Si tu vivrais en Gangolie tu seras très content comme ça sans demander ton reste.


09:49

CORTO. — Tu diras si ton éditeur fait pas comme mien éditeur en Gangolie tout mettre dans sa poche


09:58

FRIDA. — Cette année non plus, je n'ai pas vu ta jaquette au salon du livre. T'es sûr que t'es bien édité par Albiana à Ajaccio ?


10:13

GOGOL. — Vous lire me hurle fort ! Ici chez nous en Gangolie la Syndication des éditeurs pas du tout aimer le gras dans les textes et faire payer taxe de Typosuccion avant donner la lecture se faire au komité des avis (Big Broyeur, comme dit le Dissident 453-831-2B).


10:27

CORTO. — Tu parles ! Dissident 453-831-2B pas bien placé pour servir d'exemple : condamné pour excès de vitesse un livre à la main : ça c'est danger très excessif sur voie publique.


10:58

DISSID'ICI. — Tout beau ! Dissident 453-831-2B, votre serviteur, a été très justement condamné pour avoir écrit une contrevérité à propos de la soupe nationale de Gangolie dont il évoquait la recette au chapitre 7 de son livre : « Tuer pour effacer l'homicide ». Il s'est publiquement excusé de son dérapage culinaire. L'histoire de l'excès de vitesse un livre à la main, c'est juste ce qui a été dit sur le coup pour éviter que tout la Gangolie découvre que le Komité des Avis avait laissé passer une bourde grossière sur la recette de notre Soupe Nationale.


11:16

XAVIER CASANOVA. — Putain ! C'est pas fini ce bordel ? Vous jouez à quoi ? Je vous invite à me laisser un mail pour vous glisser en douce, sous le sceau de la correspondance privée, une info qui, sans cette précaution, serait considérée à juste titre comme diffamatoire, et qu'est-ce que j'ai en retour ? Ma zone de commentaire qui se transforme sur le champ en foire-au-délire. Si vous voulez du forum, du vrai, vous avez tout ce qu'il vous faut à deux ou trois clic d'ici. Alors, comme disait une délicieuse et malicieuse amie :

« Fora ! »


11:29

FRIDA. — Sans rire : j'ai jamais vu ta jaquette au salon du livre. Me dit pas que c'est une erreur de code barre ou un « tombé du camion »…


12:00

GREGOIRE DEUX-TROUS. — Tombant pas hasard dans votre discussion, je me permets de vous signaler que je dirige la collection « Deux Arceaux » aux éditions « Le Classeur Français », et que notre Maison vient de signer, en même temps que l'Association Française de Typosuccion, une convention de partenariat avec le Cercle des Lettres de Gangolie. Dans ce cadre, nous avons préempté l'intégralité de la Littérature de Cellule des Dissidents Gangoliens dont nous gérons de ce fait l'intégralité des droits d'exploitation en afermage sec et dur au sens des lois d'Ancien Régime. Le passage du dissident 453-831-2B constituant un fragment, vous ne sauriez en usez en vous abritant derrière le droit de citation. En conséquence, je vous prie de prendre immédiatement contact avec notre service contentieux pour régularisation. Faute d'accord amiable entre nous sous quinzaine, nous porterons l'affaire devant les juridictions compétentes.


12:18
XAVIER CASANOVA
. — D'où il sort ce con ? Expliquez-moi : je suis largué.
20:32

GREGOIRE DEUX-TROUS. — Pour votre gouverne, sachez, Cher Monsieur, que nous sommes l'inventeur de la dénomination « littérature de cellule » et qu'à ce titre nous détenons un droit sur tout ce qui s'écrit dans une cellule. Donc, dépéchez-vous de satisfaire aux obligations que nous vous avons aimablement signalées, sauf si vous souhaitez être édité par nos soins dans une des nombreuses collections constituant notre catalogue « Littérature de Cellule ». Bien sincèrement.


20:56

XAVIER CASANOVA. — Mon Cher Monsieur, mon détecteur de faux-culs est en train de me lâcher un signal qui frise avec le maximum de sa graduation. Si vous passez à proximité de chez moi, n'hésitez pas à venir vous faire euthanasier : ce mois-ci, on fait une super promo sur le cocktail Tutti Frutti avec — Incroyable ! — la thanatopraxie pour 1 € en plus ! Je vous offre personnellement l'accès à gratuit à notre salon « Vieille France » avec l'option trépas sous les yeux d'un Académicien. Laissez-vous tenter !


21:06

FRIDA. — Gaffe ! Faut pas rigoler avec ce genre de filou. Attends au moins que j'ai vu ta jaquette au salon du livre. L'an prochain, je suis sûr que tu y es. Fais-moi confiance.


21:29

GOGOL. — J'ai la peur pour toi si tu vivrais en Gangolie tu iras faire très longue cure Typosuccion avant qu'on te rend ton crayon et peut être juste la moitié.


21:48

FRIDA. — Il est temps que tu prennes un avocat : j'ai fait un sonde-copines flash par SMS : il n'y en a pas une seule qui ait vu ta jaquette au salon du livre. Et une qui me dit que depuis des lustres le commercial ne fait plus de réassort. T'as vendu quoi ? Tu le sais où c'est secret de famille ?


22:29

XAVIER CASANOVA. — Frida, t'es adorable mais un peu casse QI. J'ai plusieurs fois demandé à l'éditeur combien il en avaiit vendu. Manque de bol, la première fois, il était dans les invendus. La deuxième, dans les défraîchis. La troisième, dans les retours. La quatrième, dans le prévisionnel. La cinquième, dans les bilans. La sixième, dans le cirage avec un rhume carabiné. La septième fois, dans l'urgence, assurant tout seul le standard après un licenciement collectif. Je m'arrête à sept, pour pas saturer ta mémoire de travail. Mais je pense que t'as saisi le topo. Bises.


23:18

CORTO. —  Tu nous faire quoi ce cinéma c'est pas possible tu vas pas faire pleurer une seule larme d'aucune cellule littéraire de toute la Gangolie tais-toi ou bien vien voir la Gagngolie si c'est mieux ce que tu préfères ici c'est comme tu dis mais avec en plus la typosuccion alors basta on t'a pas encore typosucé tant que ça et pas plus que « La Veuve de l'écrivain » chez l'éditeur d'à côté fais pas trop le malin salut il ya pas que toi que c'est complotage croyez donc si c'est bombe à retardement peut-être demain le succès : en Gangolie on entre mort à l'Académie et on tue ceux qui sont trop pressés c'est ça ce que tu veux dis-le et vas voir la Gangolie comment c'est la queue pour acheter le crayon pour écrire au dos du ticket ration papier ! Bordel de bordel ! Je colère la peste contre toi que tu sais pas te taire ça va pas marcher à cause de ça qu'ils font rien parce qu'ils savaient déjà comment tu es.

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25/11/07

Y a-t-il une littérature corse ? La question s'étoffe

Savoir s'il y a une littérature corse, et — si oui — quelles en sont les caractéristiques, est une question qui commence à recevoir des réflexions privées documentées plutôt que des empoignades publiques à coup d'a prioris très ordinaires. Le Sapeur Numérique vient, par exemple, de lire un article pertinent, écrit par François-Xavier Renucci et publié par le mensuel Corsica sur son site.
CE QUI TOMBE SOUS CE CLIC PEUT ÊTRE LU AVEC INTERÊT


Notaccia
Il va sans dire que cet apport sérieux ne détruit rien — bien au contraire — de l'approche moins sérieuse du Sapeur Numérique. Au demeurant, quelques textes sérieux permettront peut-être de répondre à des questions telles que : « Que sape le sapeur ? Est-ce bien raisonnable ? Est-ce utile ? Etc. »

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31/08/07

Y a-t-il une littérature corse ?


RAPPORT
Sur la question :
« Y a-t-il une littérature corse ? »

PRIMEAU. — Des réponses ont-elles été apportés in situ ?
Le Sapeur Numérique — ci après désigné « le SN » — répond « affirmatif », signalant toutefois que les réponses locales semble avoir été inconsistantes et vérolées. En effet, après dispersion des débattants, le SN a relevé au sol des résidus d'apories :
— la diversité des calibres montre que plusieurs systèmes d'interprétation portatifs ont été employés.
— la faible quantité de résidus révèle que la bataille n'a pas duré longtemps.
SEGONDEAU. — Les réponses apportées furent-elles conclusives ?
Le SN répond « négatif », signalant que personne ne semble avoir donné suite à l'idée de faire commencer la littérature corse avec Dante.
— « Pourquoi pas Sénèque ? », dit, aparte, un assistant, précisant aussitôt :
— « Ce qu'il y avait de typiquement corse chez Sénèque, ce n'est pas tant qu'il écrivait à partir de la Corse, mais surtout qu'il écrivait à sa mère, et pour se faire plaindre. »
Cette remarque n'ayant pas été versée au débat, les réponses ne seront conclusives qu'après son examen circonspect.
Quant aux autres remarques, l'absence de circonspection les disqualifie d'emblée.
TROISADE. — L'absence de conclusion a-t-elle conduit à prendre date aux fins de poursuivre l'instruction ?
Le SN répond « Tu parles ! ». Chaque camp s'est séparé en pensant avoir mouché l'autre avec suffisament de véhémence pour l'écarter durablement de la pâture qu'il se réserve en propre.
QUADRUPEDE. — La littérature, si elle n'est attestée ni dans le passé ni dans le présent, peut-elle naître dans un futur pas trop éloigné ?
Le SN répond « Foutre oui ! Nom de Dieu ! ». Il précise que continuer à s'étriper a le mérite de fournir de la matière brute utilisable aussi bien par le tragédien que par le comédien. Et, pour sembler instruit, il tire sa révérence en entonnant — au moyen d'une mélodie fruste appuyée sur la répétition de deux accords d'une très grand banalité — « Tytyre tu patulæ decubans sub tegmine fagi… ».
QUINQUINA. — Et alors ?
Le SN répond que cette dernière question intervient — de manière archétypale — dans un cursus conversationnel lorqu'un des locuteurs s'égare dans des considérations dont plus personne n'est à même de percevoir la pertinence.

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29/08/07

LES BRAISES DES ANNEES ROUGES (roman)

braises


Poggio-de-Venaco, 1939
Des soldats du 173e cantonnent dans le village. L'un d'eux s'approche d'une maison où une radio — la seule du canton — diffuse les nouvelles. Sur le pas de la porte, il tend l'oreille et écoute. Une femme sort, le surprend, l'interroge et l'invite à entrer et à partager, avec son mari aveugle, le filet d'information qui s'écoule dans la cuisine. Quant à elle, elle s'en va à la fontaine faire la provision d'eau…

C'est ainsi que le soldat Yvan Modzalewsky a été accueilli à Poggio-de-Venaco, dans une famille qui deviendra bientôt sa belle famille. Mais la guerre est si proche… Et le destin de ce soldat d'origine russe si complexe qu'il finit par disparaître dans la tourmente. Disparu ?
Le récit, à peine romancé, a été écrit par le petit-fils de Modza, à partir de toutes les pièces du puzzle, réunies par sa grand-mère, Emilie Modzalewsky née Bertoni, puis par sa prorpre mère, Danièle. Trois vies successives consacrées à la reconstitution d'un incroyable itinéraire, dont la première partie — la Corse, la guerre, la débâcle, la reconstitution de l'Armée d'Afrique, le rôle de la Corse dans la contre-offensive — parlera incontestablement à tous les Corses qui ont vécu cette période et qui ont eux aussi été aspirés dans la tourmente, de la Méditerranée au Rhin, et parfois bien au delà. Et aussi tous ceux qui vivent dans la mémoire d'un père ou d'un oncle, mobilisé en Corse ou engagé volontaire, et précipité dans la guerre après la libération de la Corse.


Plus d'info
• Le rôle de la Russie de Staline dans le contexte stratégique global :
Un article de l'Humanité du 14 août 2004
• Une maison d'édition à Poggio-de-Venaco présente ses nouveautés (avec un lien vers un site où l'ouvrage est non seulement présenté mais décortiqué dans le détail, donnant les pièces essentielles du puzzle dont il est né).
TERAMO EDITIONS

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15/08/07

Barrettali / Ghjiurnata Libri Aperti

BARRETTALI_01


Lacher de livres
Au cours de la soirée, trente extraits d'œuvres d'auteurs vivants, représentatifs de la Nouvelle Littérature Corse, ont été lus à haute voix, face à un parterre aussi attentif que réceptif.

Légende
Ici, Okuba Kentaro donne lecture d'un passage de son livre, Evanescence de l'hiver, un roman policier qui projette l'Inspecteur Wata au cœur d'une technopole japonaise qui, vue de Barrettali, semble encore plus futuriste que jamais.

Notulina
L'instantané photographique met bien en évidence la dissociation opérée à Barrettali entre lectio (la lecture de la littera, ie l'oralisation de l'inscription) et manducatio (la « manducation » du sensus, dont certains auditeurs particulièrement attentifs et avertis semblent extraire en temps réel la sententia, ie la portée la plus générale du passage énoncé).
Sur le cliché (image photographique et non pas topoi), la division du travail entre lector et manducator est manifeste.


Notarella
Le retour analytique sur image relève d'un troisième temps qui, après lectio et manducatio, signale la ruminatio. Bien évidemment, elle n'est pas visible sur l'image elle-même, mais dans sa mise en scène et en écran. Effet propre de l'acte éditorial, qui suppose cette ruminatio (compte d'exploitation prévisionnel), et qui parfois l'exprime (gloses et commentaires).

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13/08/07

Dissertation

La littérature corse existe-t-elle ? Si oui, quelle est sa spécificité ?
La question a été soumise à une trentaine d'auteurs corses, réunis le 11 août 2007 à Barrettali. Visiblement, les trois où quatre qui se sont aventurés dans l'esquisse d'un début de commencement de réponse ont tout de suite provoqué une séparation de l'assistance en deux groupes :
— d'une part, ceux qui n'ont pas demandé leur reste, se sont levés, ont échangé quelques sourires confus avec leurs voisins immédiats, distribué quelques bises, tourné le dos à l'assistance, rejoint le parking, et fait ronfler le moteur de leurs voitures pour ne pas quitter le débat sans y verser leur lot de décibels.
— d'autre part, ceux qui — comprenant soudain que la récré avait commencé — sont allés entourer les deux qui commençaient à échanger des politesses assez bruyantes. Sans doute le cercle des poètes disparus. Il se forme. On se retrousse les manches. On entoure les protagonistes. Surtout, on veille collectivement à ce que l'affaire se règle à la loyale, à mains nues et concepts ordinaires.


Qu'en pense le Sapeur Numérique ?
La spécificité de la littérature corse ? Vous sélectionnez un échantillon d'auteurs corses et vivants. Et vous crééz alors la situation expérimentale suivante :
PRIMEAU. — Vous répétez la question ci-dessus. Vous lancez le chronomètre, et vous l'arrêtez lorsque le nombre d'auteur restant sur place est égal aux trois huitièmes de l'effectif initial (grosso modo, le nombre d'or). Le chiffre obtenu vous donne une bonne mesure du degré de rémanance de la question initiale après dissipation de ceux qui s'en battent les ouies.
SEGONDEAU. — Vous transformez la question en affirmation péremptoire : « La littérature corse existe ». Vous appuyez lourdement en précisant : « Il n'y a pas de peuple sans littérature ». Et vous passez en boucle :
« Le parfum du maquis, comme autrefois m'inondera,
et me bercera dans ses bras
. »
Vous vous êtes muni qu'un bâton de 2 m de long et d'un couteau de berger. À chaque répétition, vous avez fait une encoche. Et vous avez replié la lame et remis le couteau en poche dès qu'un des littérateurs potentiel a crié : « Basta ! ». Vous avez fait porter la bande son, le bâton et ses encoches au Laboratoire d'Anthopologie Prospective de l'Université Corse de Corse. Et vous attendez fébrilement les résultats en échangeant des mels et des SMS qui disent tous :
« — Tu as vu si les résultats sont sortis dans Corse-Matin ?
« — Si tu vois, tu me dis ?
« — PS : … Surtout s'ils parlent de moi. »
NOTACCIA
En tant qu'auteur du bâton, l'expérimentateur reçoit le Grand Prix du Consensus Corse et de la Paix Sociale Insulaire, à l'unanimité du jury bilingue. Une récompense dotée d'un prix dont le montant équivaut, en euros, aux trois huitième de la subvention annuelle empochée par le propriétaire d'un troupeau de vingt-quatre vaches errantes.

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