23/02/08
Le réveil de Ghisonaccia
03/02/08
Comment une municipalité se noit en pensant que ça vient tout bonnement de la météo et des caprices du temps
HISTOIRE D'EAU
Théâtre Municipal de Ghisonaccia
9 mars 2008
L'argument de la pièce pourrait faire penser à Vaudeville. Il n'en est rien. Nous plongeons directement dans les registres de la tragédie antique, bien que le texte ne soit pas en alexandrins, et que les acteurs substituent au phrasé particulier de la Comédie Française un accent chantant et romantique à souhait, celui des mornes plaines de la bordure orientale de la Corse.
Imaginez une municipalité conduite par un maire de transition, qui n'est rien d'autre que la doublure loyale (et la femme fidèle) du maire « de sang et de clan », hélas écarté du pouvoir pour une pécadille qui a, plus que de raison, irrité la justice. Il fut, en effet, par elle invalidé et par la force publique débarqué de son bureau manu militari, non sans prendre la sage précaution de laisser le trousseau de clef à sa Légitime, qui passa de ce fait — par le truchement d'une élection hâtive — du statut de « mairesse » à celui de « maire ». Madame donne donc dans le gouvernement de transition. Une sorte de régence un peu particulière où elle conserve au chaud la place de son Légitime, le temps qu'il retrouve son éligibilité perdue à cause, dit-on, d'un camion-poubelle. La division des rôles sexuels n'agite pas tant la pièce que la division sexuelle des rôles. En effet, l'essentiel de l'argument tourne autour de son inversion, qui — transitoirement, on l'a dit — conduit l'épouse sur le trône municipal tandis que le mari s'occupe de la cuisine électorale. Toute la pièce déroule sa tension vers un nouveau changement de rôle, espéré et attendu. Le Destin restituera-t-il à l'homme son sceptre et sa vacuité superbe ? Le même Destin rendra-t-il à l'épouse ses casseroles, abandonnées le temps que s'efface celle de Monsieur ? Mais le même Destin — là est le sens du tragique, dans toute la profondeur de sa dimension humaine — n'a pas à s'occuper que de Monsieur-Madame. Le Destin n'écrit jamais un duo ! Le Destin exprime une voix plus profonde, plus collective, plus réfléchie, plus travaillée et, finalement, mieux assumée : le Destin écrit l'Histoire !
Comme il n'y a pas d'intrigue sans intrigants, on en verra quelques uns mettre leur grain de sel dans les certitudes du moment, et leurs grains de sable dans les mécaniques désuettes qui les forment. Et l'on comprendra que tous ces grains de sel et de sable peuvent, à eux tous, plus sûrement forcer le Destin qu'un simple retour, donné pour normal et légitime, à la case départ d'avant le camion-poubelle.
• Le Sapeur Numérique, 2 février 2008



