La littérature corse existe-t-elle ? Si oui, quelle est sa spécificité ?
La question a été soumise à une trentaine d'auteurs corses, réunis le 11 août 2007 à Barrettali. Visiblement, les trois où quatre qui se sont aventurés dans l'esquisse d'un début de commencement de réponse ont tout de suite provoqué une séparation de l'assistance en deux groupes :
— d'une part, ceux qui n'ont pas demandé leur reste, se sont levés, ont échangé quelques sourires confus avec leurs voisins immédiats, distribué quelques bises, tourné le dos à l'assistance, rejoint le parking, et fait ronfler le moteur de leurs voitures pour ne pas quitter le débat sans y verser leur lot de décibels.
— d'autre part, ceux qui — comprenant soudain que la récré avait commencé — sont allés entourer les deux qui commençaient à échanger des politesses assez bruyantes. Sans doute le cercle des poètes disparus. Il se forme. On se retrousse les manches. On entoure les protagonistes. Surtout, on veille collectivement à ce que l'affaire se règle à la loyale, à mains nues et concepts ordinaires. Qu'en pense le Sapeur Numérique ?
La spécificité de la littérature corse ? Vous sélectionnez un échantillon d'auteurs corses et vivants. Et vous crééz alors la situation expérimentale suivante :
• PRIMEAU. — Vous répétez la question ci-dessus. Vous lancez le chronomètre, et vous l'arrêtez lorsque le nombre d'auteur restant sur place est égal aux trois huitièmes de l'effectif initial (grosso modo, le nombre d'or). Le chiffre obtenu vous donne une bonne mesure du degré de rémanance de la question initiale après dissipation de ceux qui s'en battent les ouies.
• SEGONDEAU. — Vous transformez la question en affirmation péremptoire : « La littérature corse existe ». Vous appuyez lourdement en précisant : « Il n'y a pas de peuple sans littérature ». Et vous passez en boucle :
« Le parfum du maquis, comme autrefois m'inondera,
et me bercera dans ses bras. »Vous vous êtes muni qu'un bâton de 2 m de long et d'un couteau de berger. À chaque répétition, vous avez fait une encoche. Et vous avez replié la lame et remis le couteau en poche dès qu'un des littérateurs potentiel a crié : « Basta ! ». Vous avez fait porter la bande son, le bâton et ses encoches au Laboratoire d'Anthopologie Prospective de l'Université Corse de Corse. Et vous attendez fébrilement les résultats en échangeant des mels et des SMS qui disent tous :
« — Tu as vu si les résultats sont sortis dans Corse-Matin ?
« — Si tu vois, tu me dis ?
« — PS : … Surtout s'ils parlent de moi. » NOTACCIA
En tant qu'auteur du bâton, l'expérimentateur reçoit le Grand Prix du Consensus Corse et de la Paix Sociale Insulaire, à l'unanimité du jury bilingue. Une récompense dotée d'un prix dont le montant équivaut, en euros, aux trois huitième de la subvention annuelle empochée par le propriétaire d'un troupeau de vingt-quatre vaches errantes. |